Le football français vient de replonger dans un chaos familier. Alors que la plateforme Ligue1+ visait un coup d’éclat avec la diffusion de la prochaine Coupe du monde, beIN Sports a surgi pour tout rafler, provoquant la colère du dirigeant de la LFP Media et menaçant la stabilité déjà fragile du championnat.
Le raid gagnant de beIN sur les droits mondiaux
La plateforme de la Ligue de football professionnel avait bouclé un accord avec la FIFA pour acquérir les droits payants des 104 rencontres de la Coupe du monde 2026, à un tarif total approchant les 20 millions d’euros, incluant les frais de production. L’idée était simple : remplir l’antenne pendant la pause estivale de trois mois, attirer 200 000 abonnés supplémentaires et fidéliser la base existante d’environ 1,2 million de souscripteurs. Ces rentrées devaient directement profiter aux clubs, asphyxiés par une période financière rude.
Mais la chaîne qatarie, pilotée par le groupe de Nasser al-Khelaïfi, président du PSG, a contre-attaqué avec une offre bien plus musclée. Résultat : beIN récupère non seulement l’édition 2026 pour environ 27 millions d’euros, mais aussi celle de 2030 pour 34 millions supplémentaires, soit près de 60 millions au total. Des données récentes confirment que Ligue1+ stagne autour de 1,1 million d’abonnés début 2026, loin des ambitions de croissance vers 2,25 millions d’ici 2029, aggravant les tensions sur les revenus des équipes de Ligue 1.
La sortie fracassante du patron de LFP Media
Face à ce revirement, Nicolas de Tavernost, directeur général de LFP Media depuis le 23 avril 2025, a jeté l’éponge lors d’un conseil d’administration en urgence. Âgé de 75 ans, l’ancien président de M6 a déclaré : « Je ne suis pas en état de poursuivre ma mission efficacement à la tête de LFP Media ». Il reste en poste le temps d’un remplaçant, sauf sursaut collectif.
Les débats ont viré à l’affrontement, notamment avec Victoriano Melero, directeur général du PSG et président de Foot Unis. De Tavernost pointe un manque de loyauté, surtout avec les liens entre le PSG et beIN. Al-Khelaïfi, absent et pris par des réunions à l’UEFA, balaie les critiques : « Je n’ai pas de temps pour ça ». La FIFA défend même le dirigeant qatari contre les soupçons de conflit d’intérêts. Un nouveau conseil examine des recours possibles.
Arrivé dans un contexte explosif – gestion de la rupture avec DAZN, lancement de Ligue1+ après les flops Mediapro et Amazon, et litiges judiciaires avec beIN –, de Tavernost avait déjà essuyé des doutes. Maxime Saada de Canal+ notait son ego et son besoin d’autonomie, tandis que Rodolphe Belmer de TF1 tempérait : « C’est un bon choix, mais pas un sauvetage garanti ».
Derrière le scandale, un football pro au bord du gouffre
Cette affaire n’est que la goutte d’eau dans un océan de problèmes. Les clubs de Ligue 1, avec des budgets comme les 850 millions du PSG face aux 60 millions de Lens, subissent une crise des droits TV persistante : seulement 80,5 millions à se partager pour la saison en cours, des pertes cumulées massives. Vincent Labrune et Arnaud Rouger, à la tête de la LFP, pourraient suivre de Tavernost vers la sortie, en lien avec une réforme de gouvernance en attente à l’Assemblée, freinée par l’instabilité politique.
Le foot français, ce terrain boueux où l’on se bat pour chaque euro, risque de payer cher ces querelles de coulisses. Les supporters méritent mieux que des chaînes qui se disputent les miettes pendant que les clubs peinent à boucler leurs fins de mois.



